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Le paradis sera sans écran

Il n’existe pas de chiffre unique et précis du nombre total d’écrans dans le monde, mais on peut donner une estimation cohérente à partir du volume d’objets connectés, du nombre moyen d’appareils par foyer, et de la croissance rapide du marché des écrans. En 2024, on comptait environ 18,8 milliards d’objets connectés (IoT) dans le monde, ce qui inclut une grande partie d’appareils avec écran (smartphones, tablettes, montres, bornes, etc.). Cette même année, les foyers français possédaient en moyenne 9 appareils numériques avec écran (TV, ordinateur, smartphone, tablette, console…), et ce type d’équipement est comparable dans la plupart des pays développés.
En extrapolant ces données au niveau mondial (près de 8,2 milliards d’habitants, environ 2,5–3 milliards de foyers, plus un nombre massif d’écrans professionnels et d’affichage public), les grandes études sur les appareils connectés convergent vers un ordre de grandeur d’au moins 20 à 30 milliards d’écrans (tous types confondus : smartphones, TV, ordinateurs, tablettes, montres, bornes, panneaux, tableaux de bord, etc.). En quoi est-ce un signe des temps dont il faut absolument prendre la mesure, pour en conjurer les effets ?
Parce que ces technologies ont un pouvoir de domination exorbitant sur les personnes et les sociétés. Si elles peuvent aussi rendre de précieux services et se révéler très utiles, ces technologies exigent un très grand discernement, car elles captent notre attention visuelle et consomment notre temps. Elles diffusent des voix naturelles ou synthétiques et nous tiennent par l’écoute. Avec l’irruption de l’Intelligence artificielle (IA), une nouvelle et redoutable créature s’est infiltrée dans le maillage numérique mondial et s’invite à l’écran. Elle sature l’audition et la vision de productions artificielles. L’humanité est entrée dans l’ère des sociétés-machines et se trouvent engagée dans un combat contre ses propres créations. Qui lui apportera de l’aide ? Un signe des temps assez grave pour que les législations évoluent dans le monde et protègent la jeunesse. Le président Macron entend interdire les smartphones aux jeunes enfants. Que ne l’avons-nous fait plus tôt ! Quel est au fond la nature réelle du danger, dont nous nous pensons indemnes ?

Le voici : la sidération psychique et l’éviction du sens. C’est en effet un immense danger d’écouter quelqu’un qui ne comprend pas ce qu’il dit. Un immense danger d’accorder sa confiance à ce qui ne la mérite pas. Et pour cause : « ce » quelqu’un n’est pas quelqu’un, mais une simple machine à produire des mots, des phrases, mais pas du sens, car le sens ne fait pas sens pour la machine. Seul l’être humain doit donner du sens à sa vie pour l’accomplir. Faut-il que nous ayons perdu de vue l’enjeu de la vie humaine pour la passer avec des machines ? Faut-il que nous soyons à ce point ignorants de la fonction de la parole dans la vie psychique et spirituelle, de sa réalité de nourriture de l’esprit pour que nous ne soyons pas attentifs à ce que nous assimilons comme « parole » ? Faites attention à ce que vous voyez, à ce que vous écoutez, car l’esprit s’intoxique plus vite que le corps et a des effets sur le corps aussi.

C’est mon vœu pour cette année 2026, qui a tragiquement commencé par l’incendie de Crans-Montana. Le monde entier a pu voir à l’écran les flammes dévorer l’espace étroit de ce bar, parce que de jeunes victimes captaient l’image du feu dans une folle inconscience. Le smartphone, en l’occurrence caméra, fait écran entre le réel et soi et transforme le danger en spectacle. La vie n’est pas un spectacle, on peut la perdre en se perdant dans la voix séduisante des machines. Il n’y aura pas d’écran dans le paradis, pas de réseau mais seulement une joyeuse communion à Dieu et aux autres dans l’amour. Rien ne nous empêche de nous y préparer dès maintenant, car c’est de l’amour même dont nous aimons ici que nous aimerons dans l’au-delà.
Comme y invitait le Pape Léon XIV, lors du Jubilé des jeunes en 2025, il faut protéger sa vie intérieure des algorithmes et des écrans pour ne pas se perdre. C’est la meilleure résolution pour 2026, et retrouver le sens de la présence réelle aux autres, à soi et à Dieu. Je vous souhaite à tous une bonne année, une bonne santé et le paradis à la fin de vos jours.


Père Laurent Stalla-Bourdillon

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