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Le vertige de la bioéthique

À l’ouverture des états généraux de la bioéthique, la liste des thèmes proposés donne le vertige, non seulement par leur technicité, mais parce qu’ils dessinent en creux une certaine idée de l’être humain : il y apparaît d’abord comme un assemblage de données génétiques, de réseaux neuronaux, d’organes échangeables, de fonctions reproductives, de flux d’informations et de paramètres environnementaux. Or il est philosophiquement impossible de réfléchir sérieusement sur l’humain en faisant l’économie d’une juste connaissance de sa nature. Si nous ne savons plus ce qu’est un homme – un sujet libre, responsable, irréductible à ses composantes biologiques – nous ne pouvons que l’abîmer : nous le traitons comme un matériau disponible, un support d’innovations, un objet de gestion ou de commerce.
Sans une anthropologie claire qui fonde la dignité humaine, les meilleures intentions scientifiques se retournent en violence symbolique ou réelle, parce qu’aucune limite intelligible ne vient dire : “ici, on ne touche plus à la personne, on ne touche plus à son corps”. Mais qui nous dira ce qu’est vraiment l’humain ?
C’est l’enjeu central des religions et l’immense service qu’elles rendent à nos sociétés. L’objet du Christianisme est précisément la nature de l’être humain dévoilée dans sa forme terminale, dans son devenir parfaitement accomplie : nous parlons alors de déification ou de divinisation. Seule la place de Dieu dans les consciences, soustrait l’homme au pouvoir de l’homme. Sans accueil d’une anthropologie révélée, Dieu révélant le mystère de l’homme, les sciences de l’homme, livrées à elles‑mêmes, n’aboutissent pas spontanément à plus d’humanité. Elles ont besoin d’être éclairées par une réflexion sur ce qui fait qu’un être n’est jamais seulement un moyen, mais toujours une fin. La fin de l’homme est la communion à la vie de Dieu. Faute de cette boussole, les débats bioéthiques risquent de n’être que la mise en scène d’un déplacement progressif du curseur, toujours dans le même sens : celui d’un humain réduit à la matérialité de son corps, privé d’âme et livré, pièce par pièce, aux logiques du marché.
L’être humain est vulnérable deux fois. Il l’est d’abord dans la fragilité évidente de son corps, exposé à la maladie, à la douleur, au temps. Mais il l’est plus encore dans la fragilité de l’idée qu’il se fait de lui‑même : selon que l’homme se pense comme un simple produit de forces anonymes ou comme un être appelé par un Autre à l’éternité, il n’accorde pas à sa propre vie – ni à celle d’autrui – la même valeur. Si rien ne garantit, au‑delà de nos opinions changeantes, que chaque personne est voulue et aimée par Dieu, alors la limite entre respect et utilisation devient floue, révisable au gré des intérêts scientifiques, économiques ou politiques. La Révélation, en affirmant la vocation divine de l’être humain, pose un principe de résistance intérieure : nul, fût‑il le plus sage des savants, n’a le droit de traiter l’humain comme une matière première pour ses projets créateurs, parce que chaque personne est déjà l’œuvre d’un Créateur qui l’appelle par son nom.

Voici les thèmes des états généraux de la bioéthique en 2026 :
1. Examens génétiques et médecine génomique (notamment la question de l’autorisation ou non des tests génétiques en accès libre).
2. Neurosciences
(impacts des avancées scientifiques sur le cerveau, cognition, comportement).
3. Cellules souches et organoïdes (recherche, usages médicaux, limites éthiques).
4. Transplantations d’organes et xénogreffes (réponse à la pénurie d’organes, greffes issues d’animaux).
5. Procréation (PMA post mortem, ROPA - Réception des Ovocytes de la Partenaire - dans les couples de femmes, gestation pour autrui, diagnostic préimplantatoire).
6. Numérique, intelligence artificielle et santé (place de l’humain dans la décision médicale, protection des données, transparence et confiance).
7. Santé, environnement et climat (liens entre conditions environnementales, changement climatique et santé).
8. Sobriété en médecine (nouveau thème) (pertinence des soins, équilibre entre bénéfice individuel et intérêt collectif, usage responsable des ressources).
9. Prévention en santé (nouveau thème) (priorité donnée à la prévention plutôt qu’au seul traitement).
10. Santé en Outre-mer (nouveau thème) (spécificités sanitaires, inégalités territoriales, accès aux soins).

Tout ce qui est techniquement possible est-il recevable du point de vue éthique ? Comment protéger l’Homme en comprenant qu’il n’est pas un bien que l’on transforme ? Quel monde édifions-nous ? Aussi bien pour nous que pour les générations à venir ? Les questions soulevées par la révision des lois de bioéthique sont très complexes.

Voici un lien vers les podcasts et le fiches de la Conférence des Evêques de France sur ces enjeux si importants : https://eglise.catholique.fr/les-podcasts-de-la-conference-des-eveques-de-france/podcasts-eglise-bioethique/

Plus que jamais l’humanité est au défi de la vérité de sa signification, de sa dignité, de sa protection et de son unité.


Père Laurent Stalla-Bourdillon

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