« Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme pour une fraternité réelle »

Les évêques de France témoignent de l’amour profond que les catholiques portent au peuple juif. De ce peuple est issu Jésus de Nazareth, le Sauveur pour les catholiques. Ceci fait que toute atteinte portée au peuple juif par les chrétiens est une blessure qu’ils s’infligent à eux-mêmes, et ils condamnent tout acte d’antisémitisme d’où qu’il vienne.

Si la joie de Dieu est dans la communion des hommes, ils sont « engagés à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’Alliance ». Ils espèrent ce qu’ils ont appris de lui : que les êtres humains, de toute origine, toute langue, toute culture, sont appelés à vivre pour toujours dans une communion où chacun sera donné à tous et tous à chacun.

L’humanité n’a achevé cette oeuvre vers l’unité, qui ne peut se clore ici-bas. Les évêques de France exhortent, non seulement les catholiques mais également tous leurs concitoyens, à lutter énergiquement contre toute forme d’antisémitisme politique et religieux en eux-mêmes et autour d’eux.

Le 1er février 2021, en présence du Grand Rabbin, du Président du Conseil représentatif des institutions juives en France, du Président du Consistoire, le président de la Conférence de évêques de France [1] a rappelé la force des liens d’amitié entre juifs et chrétiens.

Il s’agit de la rencontre de deux frères, l’aîné et le cadet, tous deux issus du même père, tous deux nourris des mêmes sources initiales. Deux frères qui ont été en rivalité profonde et qui apprennent à se regarder autrement, découvrant celui qui les a engendrés dans une lumière nouvelle.
Les évêques de France témoignent de l’amour profond que les catholiques portent au peuple élu à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la Torah, le culte, les promesses, les patriarches (Rm 9, 4-5). De ce peuple est issu Jésus de Nazareth, le Sauveur pour les catholiques, « surgeon sorti de la souche de Jessé » (Is. 11, 1). Ceci fait que toute atteinte portée au peuple juif par les chrétiens est une blessure qu’ils s’infligent à eux-mêmes, et ils condament tout acte d’antisémitisme d’où qu’il vienne.

Portés par l’espérance de la fraternité universelle, juifs et chrétiens savent que la fraternité est donnée au point de départ par le Père, mais les frères doivent toujours se confirmer mutuellement dans cette dignité. Les frères se jalousent, ils doivent se réconcilier. La joie de Dieu est dans l’unité des hommes.

Les chrétiens réaffirment qu’il est bon que l’humanité reste traversée de différences de religion : elles doivent être acceptées, le jeu entre elles dessine l’aventure spirituelle de tout être humain et de l’humanité entière. Elles nous obligent à chercher notre unité, non pas dans la ressemblance évidente, extérieure, mais dans le travail intérieur auquel nous consentons. Elles nous évitent de croire que nous sommes arrivés au but, que l’humanité a achevé son travail, que l’œuvre de rassemblement puisse se clore ici-bas.

1/ Les chrétiens déplore que l’expression antisémite ait retrouvé une vigueur inattendue avec les réseaux sociaux, que rien ne limite vraiment. (…) C’est pourquoi ils veulent l’affirmer : guérir les esprits et les cœurs de toute trace d’antisémitisme et d’antijudaïsme est et sera la pierre de touche du chemin vers une véritable fraternité universelle.

2/ Les chrétiens affirme qu’il ne suffit pas d’en appeler à la fraternité universelle : elle n’existe réellement que dans le regard porté sur la chair et l’esprit des uns et des autres. Le paradigme de ce regard est le regard porté sur Israël, le peuple qui a reçu la Parole de Dieu, la Loi qui libère et fait grandir. (…).

Les évêques de France veulent aider les jeunes à grandir sans image toute faite autre que celle d’un frère aîné à rencontrer et à apprendre à connaître, souvent persécuté, fidèle à la Parole reçue.
Les évêques de France regrettent de toucher si peu de jeunes aujourd’hui mais ils espèrent les aider à être dans leurs générations des artisans de la fraternité.
Conscient que l’enfant Jésus est à la fois « lumière qui se révèle aux nations et gloire d’Israël son peuple », les évêques de France affirment que plus les nations se laissent éclairer, plus Israël est glorifié. (…)

Ils reconnaissent cette tâche commune à mener au service de l’humanité entière : si Dieu a parlé aux humains et si sa lumière est avant tout une parole, Il les appelle à parler, à dire, à proclamer, à chanter, à discuter.
L’heure est donc venue pour l’humanité entière de considérer à nouveau les raisons de l’existence même du peuple d’Israël, sa signification dans l’histoire, sa tradition, sa foi.

Les évêques de France se savent « engagés à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’Alliance » [2], parce qu’ils espèrent ce qu’ils ont appris de lui : que les êtres humains, de toute origine, toute langue, toute culture, sont appelés à vivre pour toujours dans une communion où chacun sera donné à tous et tous à chacun.

C’est pourquoi les évêques de France exhortent, non seulement les catholiques mais également tous leurs concitoyens, à lutter énergiquement contre toute forme d’antisémitisme politique et religieux en eux-mêmes et autour d’eux.

[1Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, président de la Conférence des évêques de France

[2Emmanuel Levinas, « Un Dieu Homme ? », Semaine des Intellectuels catholiques, 6-13 mars1968 ; publiée dans le recueil Qui est Jésus-Christ, Editions Desclée de Brouwer, reprise dans Entre nous, Paris 1991

Partager cet article