L’Eglise catholique veut faire entendre sa foi

Un service pastoral va être créé pour contrer une méconnaissance grandissante des fondamentaux religieux.

C’est un malaise qui se répand dans les milieux catholiques : la société française aurait égaré les clés de compréhension de la foi chrétienne. Celle-ci serait devenue si étrangère à de nombreux Français qu’ils en auraient aujourd’hui une conception distordue, très éloignée de celle des croyants eux-mêmes. Le recul de la pratique, du recours aux sacrements, de la fréquentation du catéchisme ou d’une institution religieuse aurait creusé un fossé d’un nouveau genre ­entre les fidèles et les autres. « Nous sommes devenus plus méconnus que combattus. C’est un défi ­nouveau », résume Vincent ­Neymon, responsable de la communication de la Conférence des évêques de France (CEF).

Pour contrer cette méconnaissance grandissante, le nouvel ­archevêque de Paris, Michel Aupetit, veut créer un service ­pastoral spécifique, « pour l’éducation et l’information . Signe que le sujet est jugé sensible, il a confié à Laurent Stalla-Bourdillon la mission de le bâtir. Ce prêtre de 49 ans a eu l’occasion de mesurer cet éloignement dans sa précédente fonction. Depuis six ans, il était en effet « l’aumônier des parlementaires », à la fois curé de Sainte-Clotilde, dans le 7e arrondissement de Paris, près du Palais-Bourbon, et directeur du service pastoral d’études politiques du diocèse. Il sera remplacé à ce poste par le père Marc Lambret, en septembre.

Un regard de l’intérieur

A la Conférence des évêques de France aussi, on a identifié le problème. Comment, en effet, se faire comprendre dans le débat public lorsqu’on ne parle plus exactement la même langue ? Lorsque les références, les repères, le vocabulaire même, ne sont plus partagés ? « Pour certaines personnes, la foi est sortie du ­logiciel, résume Olivier Ribadeau-Dumas, le secrétaire général de la CEF. La société a perdu en chemin des éléments essentiels de la foi ­catholique.Je rêve d’un IHEDN ­catholique pour la faire découvrir à des gens très divers ! », ajoute le prêtre, par référence à l’Institut des hautes études de défense ­nationale, établissement public qui forme chaque année des ­responsables de différents horizons aux questions militaires et stratégiques. Familiariser à nouveau les relais d’opinion avec les fondamentaux de la foi chrétienne est, à ses yeux, « l’affaire d’une génération ».

L’invitation faite par la CEF au président de la République de ­venir s’exprimer devant le monde catholique, en avril, aux Bernardins, à Paris une première , s’inscrivait déjà dans cette prise de conscience. Jamais, jusqu’alors, les catholiques ne s’étaient présentés comme un auditoire particulier de la société française pour le chef de l’Etat encore moins comme un groupe de pression. Pour autant, par cette invitation, les autorités catholiques reconnaissaient que leur façon de faire traditionnelle n’était peut-être plus tout à fait adaptée à une époque ou la perception du religieux ne va plus de soi. La connaissance personnelle du catholicisme dont était empreint le discours d’Emmanuel Macron leur a fait d’autant plus plaisir.

La hiérarchie catholique identifie plusieurs facteurs à l’origine de cet éloignement entre les croyants et les autres, liés au mouvement général de sécularisation de la ­société et à la transformation des technologies de l’information. La sécularisation a aussi touché ceux qui ont pour fonction, à un titre ou à un autre, de faire circuler l’information. « L’Eglise prend conscience que, aujourd’hui, il ne va pas de soi que les journalistes, pas plus que les enseignants, aient les connaissances de base » sur le contenu de la foi chrétienne, explique le père Stalla-Bourdillon. L’une des missions du nouveau service pastoral sera de tenter de combler ce fossé culturel en apportant aux ­acteurs de la vie médiatique un ­regard « de l’intérieur » de cette tradition ­religieuse.

« Climat de laïcisme »

Ce travail est d’autant plus nécessaire, relève l’ecclésiastique, que le système médiatique actuel, avec la place croissance des réseaux sociaux, « devient le premier prescripteur d’information religieuse, davantage que les instances religieuses elles-mêmes, auxquelles échappent ces contenus. C’est le système médiatique qui devient normatif pour le ­contenu de la religion . Or lorsque l’on s’informe essentiellement à travers des vidéos trouvées sur Internet, ajoute Laurent Stalla-Bourdillon, on est privé de la dimension pédagogique du dialogue et de la transmission inter­personnelle : « On boit la chose sans élément critique. Plus personne n’a de prise sur ce que les gens entendent et vont décrypter. » L’Eglise catholique, qui se conçoit comme le dépositaire et l’outil de transmission de la tradition et du magistère, ne veut donc plus ignorer Internet. Réfléchir à la place qu’elle peut y tenir sera l’une des tâches de l’ancien « aumônier des parlementaires ».

L’Eglise catholique estime aussi être une sorte de victime collatérale de la façon dont, depuis des années,sont abordées les questions liées à l’islam. Elles auraient nourri un « climat de laïcisme ­visant à vouloir que l’espace public ne soit plus le lieu de l’expression des croyants », affirme Olivier Ribadeau-Dumas, le secrétaire général de la CEF. Au risque de « provoquer en retour, chez ­certains, la volonté de construire une contre-société . « D’une manière générale, abonde Laurent Stalla-Bourdillon, le traitement des questions spirituelles et religieuses par le système médiatique est aujourd’hui plutôt à charge. » Il tendrait aussi à « installer dans l’opinion l’idée qu’une religion, c’est d’abord un ensemble de ­pratiques alimentaires, vestimentaires, un type de prières . L’Eglise catholique veut aujourd’hui réfléchir à la transmission du contenu ».

Cécile Chambraud

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