tribune/article/seul-un-homme-peut-recevoir-le-sacrement-de-l-ordre

Service pour les professionnels de l’information

Le service pour les professionnels de l’information (SPI) est dirigé par le père Laurent Stalla-Bourdillon. Ce service est destiné à tous les acteurs du monde des médias.

Contact

26, rue du Général Foy, 75008 Paris
Par email
06 40 08 41 94

Suivez-nous

« Seul un homme peut recevoir le sacrement de l’ordre »

« Seul un homme peut recevoir le sacrement de l'ordre »

La tribune d’Annie Crépin a le mérite de formuler avec clarté une interrogation aujourd’hui largement partagée : comment comprendre que l’Église catholique réserve l’ordination sacerdotale aux hommes alors que notre société considère désormais l’égalité entre les femmes et les hommes comme un principe devant s’appliquer à tous les domaines de la vie sociale ?
Cette question mérite d’être accueillie avec sérieux. Elle ne peut cependant recevoir une réponse adéquate que si elle demeure sur le terrain où elle prend naissance : celui de la théologie des sacrements. Or la tribune choisit explicitement de déplacer le débat vers le seul registre juridique, considérant que cette question serait désormais sortie du cadre ecclésiologique pour devenir une question de droit. C’est précisément ce déplacement qui mérite d’être interrogé.

Logique du signe sacramentel

L’Église catholique ne réserve pas le sacerdoce ministériel aux hommes parce qu’elle considérerait les femmes comme moins dignes ou moins aptes à exercer des responsabilités. Une telle interprétation méconnaît profondément sa foi.
Dans l’Église, le ministère ordonné est un sacrement. Or un sacrement n’est jamais une simple organisation institutionnelle. Il est un signe efficace. Toute sa réalité consiste précisément dans la cohérence entre ce qu’il signifie et ce qu’il rend présent. Toute la tradition liturgique reconnaît que le sacerdoce rend sacramentellement présent le Christ époux qui se donne à son épouse qu’est l’Église. Cette dimension sponsale traverse toute la Révélation, depuis l’Alliance avec Israël jusqu’aux noces de l’Agneau dans l’Apocalypse et en chaque messe.
Dès lors, la corporéité sexuée n’est pas un élément secondaire ou accidentel. Le corps humain parle. Il possède une signification propre. La différence sexuelle fait partie du langage même dans lequel Dieu a choisi de révéler son Alliance. C’est pourquoi seul un homme peut recevoir le sacrement de l’ordre afin de signifier rituellement le Christ dans sa relation sponsale à l’Église. Cette exigence ne relève pas d’une préférence culturelle, encore moins d’une domination masculine. Elle appartient à la logique même du signe sacramentel. On ne peut demander à un rite de signifier ce que son langage corporel ne peut plus exprimer.

La différence entre les sexes, une richesse voulue par Dieu

C’est ici que réside sans doute le véritable désaccord. Notre époque tend à considérer que le sexe biologique n’a plus de signification propre. La différence entre l’homme et la femme apparaît de plus en plus comme une donnée purement contingente, voire comme une source d’inégalités qu’il faudrait progressivement effacer. L’Église affirme exactement l’inverse.
Pour elle, la différence des sexes n’est pas une imperfection de l’humanité ; elle est une richesse voulue par Dieu. Elle ne constitue pas une hiérarchie mais une réciprocité. Elle n’autorise aucune domination, mais elle rend possible une symbolique qui traverse toute la Révélation. Il n’y a pas de discrimination là où la différence sexuelle possède une signification irréductible.
Voir dans le presbytérat réservé aux hommes une exclusion institutionnalisée suppose déjà que les corps sexués soient dépourvus de toute valeur symbolique. C’est précisément ce présupposé que l’Église ne partage pas. Le critère du sexe est ici différenciant sans être discriminant. Pourquoi cette évidence anthropologique deviendrait-elle soudain irrecevable lorsqu’il s’agit du langage liturgique ?
L’Église catholique ne se reconnaît pas le pouvoir de modifier ce que le Christ lui-même a institué. Elle ne considère pas que le sacerdoce lui appartienne comme une organisation disposerait librement de ses règles internes. Les sacrements sont reçus ; ils ne sont pas fabriqués. Ils sont transmis ; ils ne sont pas redéfinis selon les évolutions culturelles. C’est pourquoi les transformations de la société, si importantes soient-elles, ne suffisent pas à remettre en cause la discipline sacramentelle de l’Église.

Une vocation inscrite dans la création

La liberté religieuse protège précisément cette autonomie doctrinale. Elle garantit que l’État ne peut intervenir dans la définition des ministères, pas davantage qu’il ne peut décider du contenu d’une foi ou de la signification de ses rites. Faire sortir cette question de son cadre théologique pour la soumettre exclusivement au principe général de non-discrimination revient inévitablement à dissoudre le sens même du sacrement. Le langage juridique n’a pas vocation à redéfinir le contenu de la foi d’une communauté religieuse.
L’égalité entre les femmes et les hommes est un acquis précieux de notre civilisation. Encore faut-il qu’elle ne devienne pas l’effacement de toute différence. L’égalité ne signifie pas l’indifférenciation. L’Église demeure ainsi la gardienne d’une vérité anthropologique que notre époque peine parfois à entendre : les corps sexués parlent. Ils sont porteurs d’un sens qui ne relève ni de l’arbitraire culturel ni de la seule biologie, mais d’une vocation inscrite dans la création elle-même. Refuser cette symbolique, c’est évidemment conclure à une discrimination. L’accueillir, c’est découvrir que la différence des sexes n’est pas une injustice à corriger, mais un langage voulu par Dieu pour manifester l’Alliance qu’il veut conclure avec l’humanité.
Le débat est donc moins juridique que spirituel. Il ne porte pas d’abord sur une répartition du pouvoir, mais sur l’intelligence du signe sacramentel. Avant de dénoncer une exclusion, il convient peut-être de se demander si ce que l’Église cherche à préserver n’est pas d’abord la cohérence d’un langage reçu du Christ lui-même, dont elle ne se considère pas propriétaire mais dépositaire.


Père Laurent Stalla-Bourdillon

Vous pourriez aimer lire :